Spur melting pot

PREAMBULE

En règle générale, deux types de pousses peuvent être distinguées sur des arbres fruitiers en croissance : les courtes et les longues.

Chez les espèces fruitières à pépin, les pousses courtes (< 5 cm) sont appelées « dards » quand elles sont strictement végétatives ou « spur » quand elles sont florales. Chez les espèces fruitières à pépins, on retrouve aussi des « bourses », courtes pousses avec des feuilles basales suivies d’une partie florale dont le diamètre est accru par la présence d’une inflorescence ou d’un pédoncule (ancien ou en cours de développement). Chez les espèces fruitières à noyaux, les pousses courtes sont appelées « clusters » ou « bouquets de Mai », au regard de leur arrêt précoce de croissance, juste après l’éclatement des bourgeons.

En comparaison, les longues pousses se divisent aussi en deux catégories : des pousses de longueur moyenne, avec des entrenoeuds allongés ; et des longues pousses présentant généralement des pousses secondaires anticipées (qui se développent en même temps que le rameau s’allonge). Les pousses moyennes (6 – 20 cm) sont appelées « brindilles » chez les espèces fruitières à pépin et « branches chiffonnes » ou « rameaux mixtes » chez les espèces fruitières à noyaux. Les grandes pousses, généralement ramifiées dès la première année, s’appellent « gourmands » (pousses verticales) ou « extension shoots », voire « water shoots ».

Développement des rameaux de pommiers. Inspiré de Costes et al.

Développement des rameaux de pommiers. Inspiré de Costes et al.

Au sein des arbres fruitiers tempérés (de type spur ou non), parmi les différentes catégories de rameaux, les rameaux courts ont généralement la plus faible durée de vie. La mort des éperons, aussi appelée extinction, est un phénomène précoce du développement latéral de l’arbre qui varie grandement en fonction du cultivar (( http://media.wiley.com/product_data/excerpt/68/04717321/0471732168.pdf. E. Costes, P. É. Lauri, and J. L. Regnard INRA UMR 1098. Horticultural Reviews, Volume 32, 2006 : ANALYZING FRUIT TREE ARCHITECTURE IMPLICATIONS FOR TREE MANAGEMENT AND FRUIT PRODUCTION. )) .

SPUR

Un « sport » est un rameau issu d’un bourgeon qui présente une mutation (modification génétique) naturelle ou induite. Les mutations peuvent intervenir sur de très nombreuses caractéristiques, incluant la productivité ou le mode de croissance de l’arbre ; la forme, la couleur, le parfum ou l’époque de maturité du fruit ; etc. Nombre de ces changements sont trop subtils pour que l’observateur moyen les remarque. Des accidents naturels (erreurs de division cellulaire ; virus ; etc.), un traumatisme (taille sévère, gel, etc.) ou le rayonnement cosmique (UV ?, …) pourraient être à l’origine des changement génétiques / chromosomiques de ces bourgeons. Le rameau résultant diffère de la plante mère et peut être propagé végétativement pour donner un nouveau cultivar (bouturage, greffage, multiplication in vitro, etc.). C’est par exemple le cas des pommes Red Delicious, sport aux fruits rouges issu d’une mutation de bourgeon de Delicious, à fruits jaunes (il existe près de 150 sports à fruits rouges de Delicious1 ).

Un « spur », littéralement « éperon », est une pousse de moins de 5 cm présentant des entrenoeuds très courts. Ces éperons poussent sur du bois de deux ans ou plus et produisent des fleurs et des fruits (pas de bois). Parmi les mutations (« sport ») des variétés de pommiers, on retrouve parfois des rameaux ayant tendance à croître en formant de nombre de ces éperons (« spur habit of tree growth »).

Quand ce rameau formant de nombreux éperons est multiplié, en général par greffage, on obtient le « type spur » du cultivar initial. Ainsi, par exemple, le ‘Spur Winter Banana’ est issu de la multiplication d’un sport de ‘Winter Banana’ : les fruits de ces cultivars (parfois abusivement appelés « clones ») sont identiques ; mais, pour une quantité donnée de bois, le type spur produit plus de petits rameaux fructifères (éperons) que le plant mère. Certaines études de semis d’hybrides suggèrent que le caractère type spur provient d’un héritage (génétique) récessif2 ; des indices laissant supposer que ce caractère pourrait être détecté précocement par l’analyse génétique de semis de 1 an3 .

Différents critères ont été utilisés pour classer qualitativement les types de croissance des différents cultivars. On doit à Bernhard (1961) une étude pionnière en la matière, quand il a essayé de classer les types de croissance des pommiers en fonction du profil de croissance global de l’arbre et de leur mode de fructification. Les cultivars de pomme de type I portent essentiellement leurs fruits sur des éperons qui sont issus de vieux bois, tandis que les cultivars de type IV portent principalement leurs fruits en position terminale, sur tous leurs rameaux (brindille, « water shoot », etc.). Entre ces extrêmes, les types II et III ont un profil de croissance et de fructification intermédiaire [Costes].

En 1992, Lespinasse a proposé d’inclure tous les types spur de cultivar en type II, restreignant le type I aux cultivars présentant une croissance typiquement colonnaire (essentiellement issus de programmes de croisement anglais). Par conséquent, tous les types spur de pommiers appartiennent aux types I et II. Ces types spur sont caractérisés par une « disjonction temporelle et spatiale de leur croissance végétative et de leur fructification », ceux-ci présentant souvent de long rameaux érigés avec pas ou peu de fructification terminale [Costes].

Types de croissance (« ideotypes ») du type spur (I) au type pleureur (IV) tels que définis par Lespinasse. Inspiré de Costes et al.

Types de croissance (« ideotypes ») du type spur (I) au type pleureur (IV) tels que définis par Lespinasse

Le type spur d’un cultivar donne un arbre plus petit que la variété parente dont elle est issue. En règle générale, le type spur d’une variété donnée résulte en un arbre occupant les 2/3 de l’espace occupé par le type non spur de la même variété, greffé sur le même porte-greffe4 5 .

Cette règle n’est toutefois pas absolue, le ‘Starkpur Lodi’ étant presque aussi grand que le ‘Lodi’ classique ; tandis que le ‘Starkpur Golden Delicious’ peut parfois présenter moins de la moitié du volume de branches d’un ‘Golden Delicious’ classique. Pour information, le volume des autres spur de Golden Delicious, très nombreux, s’étale entre ces deux extrêmes. Il est important de ne pas confondre un arbre de type spur d’une variété avec cette même variété greffée sur un porte-greffe nanifiant. Ces deux possibilités se complètent quand on cherche à obtenir de petits arbres :
- soit il existe un spur du cultivar convoité et on l’exploite
- soit il n’existe pas de spur du cultivar et on le greffe sur un porte greffe nanifiant.

En règle générale, un arbre non spur greffé sur franc (semis) résulte en un arbre très vigoureux, tandis qu’il donne un arbre semi nain ou nain quand il est greffé sur un porte greffe nanifiant ou très nanifiant. En comparaison, un type spur greffé sur franc donne un arbre semi nain, tandis que greffé sur porte greffe nanifiant il donne un arbre nain. Il n’est pas conseillé d’utiliser un porte greffe très nanifiant pour les types spur6 7

Espacement suggéré en verger commercial basé sur le porte greffe et le type de croissance de l’arbre (spur vs. non spur). Inspiré de Krewer

Espacement suggéré en verger commercial basé sur le porte greffe et le type de croissance de l’arbre (spur vs. non spur). Inspiré de Krewer

Cette capacité des types spur à former des fruits au plus près des charpentières limite les ruptures de branches et permet aux arbres de supporter de grosses récoltes. De plus, ce nanisme naturel des arbres offre au jardinier amateur des avantages en terme d’encombrement, tout en présentant une fructification anticipée par rapport au type non spur (2-3 ans après greffage contre 3-4 ans).

Quand les spur ont été découverts par les producteurs il y a quelques décennies, ils ont été boudés car la tendance dans les vergers commerciaux de cette époque était d’obtenir des arbres de 10 – 12 m de haut qui pouvaient produire 30 boisseaux de fruits ou plus. Actuellement, la tendance est plutôt à la densification des plantations, pour réduire le temps de travail et les coûts globaux. Les types spur, compacts et capables de produire de 2 à 15 boisseaux de fruits (en fonction du porte-greffe), ont alors vu leur « côte » exploser (c’est notamment le cas des nombreux spur de pommes Red Delicious)8 .

Le fait que l’arbre cultivé soit de type spur a aussi une influence sur la taille de fructification, notamment dans les vergers commerciaux âgés. En effet, les éperons apparaissant sur du bois âgé de deux ans ou plus ; la plupart des fruits émergeants se retrouvent par conséquent ombragés, à l’intérieur de la canopée. De plus, les types spur peuvent avoir une tendance à la croissance verticale (rameaux vigoureux verticaux) qui finit par faire de l’ombre au cœur de l’arbre9.

Dans les vergers de hautes densités, une taille en vert 3 à 5 semaines avant la récolte est alors très bénéfique. Les pousses de l’année, et particulièrement celles verticales au sommet de l’arbre, sont raccourcies à 5 – 20 cm de long (en fonction du besoin de nouveau « éperons »). Si la croissance est trop vigoureuse, certains rameaux verticaux peuvent même être taillés sur ride. Lors de cette taille, les petits rameaux fructifères et les éperons doivent être conservés intégralement. Tout en facilitant la récolte, cette pratique augmente de façon importante la qualité et la coloration des fruits10 .

Il nous faut ici évoquer le mode de fructification des éperons de pommiers (qu’ils poussent sur des types spur ou non spur) pour parler d’alternance et d’éclaircissage en vergers haute densité. Un arbre qui produit une récolte abondante une année donnée a en général une faible floraison et un faible rendement l’année suivante. C’est souvent le départ d’un cycle d’alternance entre de fortes et de faibles récoltes. Les années de grosses récoltes sont dites « on », et les années de faibles récoltes sont dites « off ». Les années « off », de petites récoltes, mènent souvent à de rares fruits surdimensionnés posant problème ; tandis que les années « on » mènent à une grande quantité de petits fruits de faible qualité11 . L’alternance individuelle des éperons est contrôlée par des régulateurs de croissance (gibbérellines) produits par les graines des fruits en formation. Les bourgeons floraux sont initiés pendant les 3-4 premières semaines après la floraison. Pendant cette période, les gibbérellines produites par les graines en formation inhibent l’initiation florale. Ainsi, la présence de fruits en développement durant cette période empêche la floraison l’année suivante tandis que retirer ces fruits avant la fin de cette période d’initiation encourage la floraison à venir. En revanche, retirer les fruits après l’achèvement de cette période d’initiation (au cours de l’été, par exemple) n’a aucun effet sur la floraison à venir ). C’est pourquoi, en général, des éclaircisseurs chimiques sont employés à cette période dans les vergers commerciaux. De nombreux facteurs sont alors à considérer : variété (‘Golden Delicious’ ou ‘MacIntosh’ sont très difficiles à éclaircir), vigueur, état du feuillage, pollinisation, quantité de fruits en formation, conditions d’application du traitement, etc. Toutefois, en règle générale et pour un cultivar donné, les types spur sont généralement plus difficiles à éclaircir chimiquement que les types non spur. Ces différences de tolérance aux éclarcisseurs chimiques sont d’ordre génétiques et représentent des différences inhérentes dans leurs systèmes enzymatiques.

Certaines variétés de pommiers âgés, et particulièrement chez les types spur, peuvent devenir « spur-bound », un état caractérisé par la présence d’une très grande quantité d’éperons riches en bourgeons floraux doublée d’une croissance végétative très limitée (rameaux à bois de l’année très courts ou inexistants). Cette situation peut se retrouver sur de jeunes types spur greffés sur porte-greffe nanifiant. Les arbres affectés ont une très faible croissance et produisent de grandes quantités de petits fruits de faible qualité ; malgré de bonnes conditions de culture Dans ces conditions, plusieurs techniques peuvent être employées pour corriger cet état « spur-bound » : taille de rajeunissement (intégrale), taille détaillée des éperons, arcure des rameaux, pulvérisation de gibbérellines ou d’urée, etc.12 13 14 .

LES DIFFERENTS TYPES SPUR DE POMMIERS

Il existe beaucoup plus de types spur de pommiers que de poiriers. Un extrait d’article en ligne15 recense 1039 spur ou semi-spur de pommiers. Sans entrer dans le détail, sont repris ci-dessous une partie des types spur rencontrés au fil des articles cités (nom des cultivars posédant un type spur / noms des spur de ces cultivars quand ils ont été cités).

LES DIFFERENTS TYPES SPUR DE POMMIERS

LES DIFFERENTS TYPES SPUR DE POMMIERS

  1. http://www.nysaes.cornell.edu/pubs/fls/OCRPDF/78a.pdf. R.D. Way. New York’s Food and Life Sciences Bulletin N° 78, Avril 1979 : APPLE VARIETIES GROWN IN NEW YORK STATE. []
  2. http://www.actahort.org/books/159/159_9.htm. J. Blazek. ISHS Acta Horticulturae 159, Juillet 1985 : Conference on Temperate Tree Fruits and Nuts Breeding. SPUR TYPE GROWTH HABIT IN APPLES. []
  3. http://www.actahort.org/books/140/140_6.htm. G.H. Zhang, G.H. Wang, Q.Y. Zhang, W.Q. Zhang and X.Zh. Tang. ISHS Acta Horticulturae 140, Fruit Breeding XXI IHC, Octobre 1983 : PRE-SELECTION OF SEEDLINGS FOR SPUR TYPE APPLES []
  4. http://hgic.clemson.edu/factsheets/HGIC1350.htm. B. Polomski and G. Reighard. Clemson University Cooperative Extension Service : HGIC 1350 – APPLE]. B. Polomski and G. Reighard. Clemson University Cooperative Extension Service : HGIC 1350 – APPLE []
  5. http://pubs.caes.uga.edu/caespubs/pubcd/C740.htm. G.W. Krewer. Aout 2002 : HOME GARDEN APPLES. []
  6. http://muextension.missouri.edu/xplor/agguides/hort/g06021.htm. M. Warmund. Missouri University Extension, Novembre 2005 : G6021 – HOME FRUIT PRODUCTION : APPLES. []
  7. http://muextension.missouri.edu/explore/agguides/hort/g06024.htm. M. Warmund. Missouri University Extension, Novembre 2005 : G6024 – THE VERTICAL AXIS SYSTEM : A TRAINING METHOD FOR GROWING APPLE TREES. []
  8. http://www.aces.edu/pubs/docs/A/ANR-1138/. A. Powell, D. Himelrick and R.C. Ebel. Alabama Cooperative Extension System (ACES) Publication, Juin 2000 : APPLE VARIETIES IN ALABAMA []
  9. http://www.rickerhill.com/Pruning.htm. R. Moran : PRUNING APPLE TREES. []
  10. http://www.aces.edu/pubs/docs/A/ANR-0053-K/. A. Powell, D. Himelrick, W. Dozier and D. Williams. Alabama Cooperative Extension System (ACES) Publication, Juillet 1999 : TRAINING AND PRUNING TREE FRUITS. []
  11. http://www.nysaes.cornell.edu/pubs/fls/OCRPDF/116.pdf. C. G. Forshey. New York’s Food and Life Science Bulletin, N° 119, 1986 : CHEMICAL FRUIT THINNING OF APPLES. []
  12. http://www.pubhort.org/actahort/books/322/322_6.htm. C. R. Rom. ISHS Acta Horticulturae 322 : I International Symposium on Training and Pruning of Fruit Trees, 1992 : SPUR PRUNING ‘DELICIOUS’ APPLE FOR IMPROVED SPUR QUALITY AND YIELD. []
  13. http://trophort.com/001/618/001618067.html. D. C. Ferree and C.G. Forshey. Journal of the American Society for Horticultural Science 113(5) : 699-703, 1988 : INFLUENCE OF PRUNING AND UREA SPRAYS ON GROWTH AND FRUITING OF SPUR-BOUND ‘DELICIOUS’ APPLE TREES. []
  14. http://www.springerlink.com/content/j3x4366753067178/. N. E. Looney, R. P. Pharis and M. Noma. Journal Planta Biomedical and Life Sciences, Volume 165, Number 2, p. 292-294, Août 1985 : PROMOTION OF FLOWERING IN APPLE TREES WITH GIBBERELLIN A4 AND C-3 EPI-GIBBERELLIN A4 []
  15. http://www.homeorchardsociety.org/ebooks/samples/Apple_Fruiting_Sample.pdfApple fruiting. Spur and Semi-spur Apple Varieties – Over 1000 spur and semi-spur varieties listed. []
Auteur : alex
14 avril 2009 · dans la categorie Biologie végétale