La haie fruitière à la diable

Une méthode simple et efficace pour obtenir des fruits en abondance.

Le concept de planter des arbres fruitiers sous forme de haie n’est pas récent et est devenu depuis quelques dizaines d’années une règle assez usitée.
Contrairement aux professionnels qui cultivent en « axe vertical », pourquoi ne pas transposer cette façon de faire dans son jardin mais en utilisant l’inclinaison ?
Cette façon de faire répond aussi aussi au terme « à la diable », expression qui fut employée par Georges Delbard concernant les palmettes d’arbres « à noyaux » (pêchers, pruniers, abricotiers, cerisiers, amandiers…). Elle désigne une méthode de culture où le végétal est simplement dirigé, où la taille intervient peu ou pas, une fois que la haie a été formée par de simples élagages appropriés.
S’inspirant du même principe de celui utilisé pour les palmettes « à la diable » et de celui de la méthode « bateau » développée par E. Bouché-Thomas , certains amateurs (dont Jean-Louis Choisel – créateur de l’association « Les croqueurs de pomme » – depuis 40 ans) utilisent une autre méthode qui s’inspire des deux précédentes mais pour les arbres fruitiers « à pépins » : la haie fruitière « à la diable ».
Elle permet d’obtenir facilement des fruits en abondance tout en limitant au maximum la taille et l’entretien 1 .–

Pourquoi une haie d’arbres fruitiers ?
Les avantages d’une haie fruitière sont incontestables. Plutôt que d’installer ou maintenir un mur vert de thuyas, cyprès…, il est préférable de la supplanter par son équivalent constitués d’arbres fruitiers.

  • De par sa forme, l’occupation de la surface de terrain est optimisée.
  • Elle sert, comme toute haie, de pare-vue, pare-vent ou pour marquer une limite.
  • En plantant des variétés différentes constituant la haie :
    • la consommation des fruits s’effectuera à des moments différents de la saison.
    • l’interfécondation entre les arbres est assurée.
  • De par sa hauteur limitée, la cueillette et l’entretien sont aisés.
  • Le prix d’achat des arbres est réduit au minimum car la haie est effectuée à partir de scions d’un an.
  • Du point de vue esthétique, elle n’a absolument rien à envier à son équivalent composé d’espèces qui n’ont qu’un intérêt ornemental.
  • Elle sert de lieu de résidence, de refuge à la faune utile de nos jardins.
  • Elle ne nécessite pas une taille régulière. Plus de taille-haie et d’aller-et-retour réguliers à la déchèterie.
  • etc…

Les trois grands principes de cette méthode

Haie fruitières à la Diable

1 – porte-greffe approprié

Le porte-greffe qui sert de « support » aux variétés cultivées conditionne en majeure partie leur développement (apporte aussi d’autres caractéristiques telles que la compatibilité avec certains sols, résistance accrue à certaines maladies, etc…)
Sans entrer dans les détails, le MM106 pour le pommier ou le cognassier de Provence pour le poirier permettent d’obtenir une haie mitoyenne « conforme à la législation généralement en vigueur » qui stipule que les arbres tout en étant plantés au minimum à 50 cm de la cloture mitoyenne, ne doit pas excéder plus de 2 m de hauteur. Ce sont des porte-greffes qu’on peut considérer comme « passe-partout » et qu’on trouve très facilement dans le commerce.
Pour obtenir une haie aux dimensions encore plus réduites, on peut utiliser du M26 voire du M9, pour le pommier.

Pour conserver les caractéristiques du porte-greffe au cours des années, on prendra soin dès le départ, de planter le scion de manière à ce que le point de greffe soit placé bien au dessus du sol en vue d’éviter un affranchissement.

2 – inclinaison à 45°

Plutôt que de vouloir contenir la végétation « au sécateur » et ensuite être obligé de plus ou moins correctement rétablir l’équilibre de l’arbre à l’aide d’une taille assez savante, il est préférable de ne pas provoquer l’excès de végétation initial, qu’il faudra juguler. Incliner les branches est une réponse. Toute taille est un gaspillage de sève.
Cette façon de faire permet de limiter, de contenir la vigueur de l’arbre.
En effet, une branche lorsqu’elle est verticale a tendance à tirer la sève vers elle, vers son sommet, souvent au détriment des branches voisines. Cette branche pousse mais ne fructifie pas.
À l’inverse, la position horizontale limite trop la circulation de la sève dans la branche, ce qui n’est pas non plus l’idéal pour une bonne fructification. La branche est trop négligée.
La position intermédiaire, celle d’être inclinée, fait que la vigueur s’assagit tout en restant suffisante pour assurer un bon rendement. Une inclinaison à 45° est un bon compromis.
On peut toutefois incliner plus ou moins la branche. Ainsi une variété trop vigoureuse aura tout intérêt à y être davantage que d’autres plus faibles.

3 – bourgeon terminal conservé

Dans tout traité d’arboriculture habituel, on en fait fi et on s’empresse de le supprimer. Pourtant l’objectif est au contraire, de le préserver au maximum. Son maintien est capital.
Sa suppression rompt l’équilibre entre feuillage et racines . Toute tentative de rétablissement, à l’aide d’une taille souvent absconse, de cet équilibre désormais rompu, a une incidence directe sur la fructification.
Le bourgeon terminal a un rôle de régulateur hormonal, il équilibre l’arbre. Le supprimer revient par exemple à procéder à l’ablation d’une glande endocrine telle que la thyroïde chez l’humain. Cette opération n’est vraiment pas sans conséquence !
Edmond Bouché-Thomas, père de cette méthode de non-taille, appelait le bourgeon terminal, ‘l’oeil prodigieux’. C’est dire l’importance qu’il a.
Ainsi, les arbres « de plein vent », les pommiers de nos campagnes par exemple, vivent très bien sans taille et pourtant fructifient abondamment, régulièrement et sans problème.
Pour peu qu’on laisse la végétation se développer librement, qu’on se contente simplement de l’encadrer, de la maintenir aérée, la taille de fructification s’avère très souvent inutile. Elle n’a pas lieu d’être.
L’absence de taille s’applique à la taille dite de fructification. Il s’avère nécessaire de couper, d’élaguer pour donner à l’arbre, une forme qui correspond à celle d’un composant de la haie (premières années) et parfois de devoir aérer (pour les variétés classées comme « vigoureuses »).

  1. exemple d’une application : haie de pommiers « semi-vigoureuse » []
Auteur : klakos
13 avril 2009 · dans la categorie Taille & formation